Tests : mode d’emploi (acte II)
Ils ont le pouvoir, ils sont attendus comme le Messie à chaque sortie de jeu, ils sont à tour de rôle craints, encensés et balancés dans la fosse commune : ils sont les tests. Véritable numéro d’équilibriste, ce type d’article très particulier est toujours source d’incompréhension entre le rédacteur et les lecteurs. La réflexion que nous lançons ici tentera donc d’expliquer ce qui fait un test, ce qu’il faut en attendre et comment il est conseillé de le prendre, selon les propres avis d’un testeur-lecteur et de quelques-uns de ses acolytes. Tout ce petit monde attendant avec impatience les remarques et idées des lecteurs en retour.
Acte 2 : Pourquoi un test ne peut-il pas être totalement objectif ?
Objectif : Qui existe indépendamment de la pensée. / Qui ne fait pas intervenir d’éléments affectifs ou personnels dans ses jugements ; impartial. / Dont on ne peut contester le caractère scientifique. (Petit Larousse édition 2005)
- Aucune critique d’art ne peut éviter la subjectivité
Le jeu vidéo est un art. Si, si. Ou tout du moins peut-on le considérer comme une démarche artistique, dans le sens où le graphisme, la musique, l’histoire et la narration, tous composants d’un jeu, dérivent eux-même d’arts reconnus. Même sans parler de ce saint mot de trois lettres, les plus sceptiques seront forcés d’accorder que le jeu, via l’interface console-homme et simplement via les différents aspects nommés précédemment, touche aux sensations, voire aux émotions dans certains cas. Difficile alors de le résumer en une équation, en une formule, en un algorithme, en un [insérer ici un dernier mot tiré du dictionnaire des synonymes]… Conséquemment, il est inutile d’essayer de comparer rationnellement des titres entre eux. Tout autant qu’il est impossible d’apprécier un Picasso exactement de la même manière que son voisin, il est ardu de fixer les bornes de l’objectivité pure à la critique du jeu vidéo. Les vécus de chacun sont différents, les conditions d’observation et les humeurs également, et variables par-dessus le marché. On peut utiliser des critères les plus impartiaux possibles afin de produire un test lui-même le moins partial possible, mais faire croire à une objectivité totale relève de la tromperie (envers son lectorat ou envers soi-même).
- Un seul avis ne peut suffire à rendre une remarque générale
Partant de l’impossibilité de transformer une expérience de jeu en une équation, il ne peut être possible de créer un système d’analyse impartial à partir d’un ou plusieurs avis uniques. Même si tout le lectorat se ralliait aux critiques d’un testeur, ses avis ne feraient pas office de loi. On devrait certes reconnaître qu’il serait très répandu, mais le nombre fait-il la raison ? Pour toute chose, ne peut-on être quatre-vingt-dix-neuf et avoir tort ou seul et avoir raison ? Considérant en plus que l’analyse de jeu vidéo ne repose pas sur un tel système binaire, on imagine difficilement pouvoir situer la Vérité avec un grand V.
- Il est très ardu d’échapper totalement aux influences extérieures
L’Homme parfait n’existe pas, alors le testeur… Ainsi, il reste difficile d’échapper au fonctionnement de notre encéphale, qui s’abreuve en permanence de tout ce qui l’entoure, rendant impossible l’émergence d’une idée totalement débarrassée des contraintes liées à l’environnement. Le meilleur testeur restera celui qui saura s’affranchir au maximum de toutes les influences extérieures, mais en aucun cas il ne pourra complètement s’en débarrasser. Là n’est pas une raison de ne plus croire au principe du test mais simplement un fait à garder à l’esprit lors de la lecture : l’homme ou la femme qui se cache derrière ces lignes n’est pas un robot. Aussi rigoureux et méthodique soit-il, il n’échappera pas totalement à l’influence de la communication, du marketing : un jeu que ces services auront réussi à faire qualifier d’attendu peut insidieusement rentrer dans une case « blockbuster » du cerveau du testeur (si tant est qu’il a la chance de ne pas en manquer, de case) ou au contraire peut se faire juger plus brutalement s’il venait à décevoir ; à l’opposée, une bonne surprise peut endormir la vigilance. Le testeur n’échappera pas non plus à la notoriété du développeur ou de l’éditeur, qui peuvent jouer selon le même principe, ni même à l’éventuelle appréciation générale qu’il se fait à propos de ceux-ci. De même, difficile d’ignorer totalement une politique de rédaction : tester à l’intérieur d’un groupe qui a tendance à chercher à se démarquer des autres confrères risque d’influer ponctuellement sur son exigence, volontairement ou non, d’un sens ou de l’autre (par réaction). Enfin, on n’échappe pas au casse-tête des relations avec les éditeurs, que l’on soit professionnel ou amateur. Au-delà des (rares) doutes quant à l’intégrité de certains, il peut subsister même dans les rédactions les plus intègres une pression très légère et indirecte, que l’on se met souvent soi-même, lorsque l’on dépend des éditeurs pour recevoir des titres à tester ou des publicitaires qui déposent moyennant rétribution liens promotionnels et habillages sur son média (virtuel, papier, radiophonique ou télévisuel, même combat). Au final, toutes ces influences seront d’autant plus limitées que le testeur est consciencieux, mais vouloir croire qu’elles n’existent pas serait une erreur ou de l’hypocrisie.
- Le lecteur lui-même n’est pas objectif, comment le testeur pourrait-il l’être pour lui ?
Quand bien même une faille dans les dimensions spatiales permettrait à un test d’être totalement objectif, le lecteur ne saurait le reconnaître. Car n’étant lui-même pas totalement impartial (admettons pour les besoins de l’argumentation que la faille ne touche qu’une personne, faut pas charrier), il ne saura faire fi de son vécu, de ses préférences vis-à-vis de certains critères, de ses ressentiments voire de ses a priori envers une console ou un éditeur. Même cette objectivité totale ne serait donc finalement que relative. En sortant des délires spatio-temporels, la réalité de cette relativité n’en est que plus percutante ; un défaut pour un testeur peut représenter une qualité pour un lecteur, une émotion peut naitre dans un cerveau et non dans un autre ou votre belle-mère peut avoir débarqué avec son fameux bavarois aux pommes trois fromages, perturbant considérablement votre perception de toute chose. Bref, en sus des considérations liées au testeur, il en existe même par rapport aux destinataires de son travail.
Que retenir alors de ce tableau qui pourrait sembler noir ? Simplement que la lecture d’une analyse d’un jeu vidéo requiert un sens critique minimal afin de ne pas tout prendre pour argent comptant. Connaitre les limitations du test et du testeur permet justement de mieux les appréhender, de mieux les comprendre et de mieux les utiliser comme conseil d’achat. La confiance ne doit pas être aveugle ; elle doit au contraire être réfléchie et accordée en toute connaissance de cause, et ce à chaque instant. Mais au final, s’il ne faut retenir qu’une chose, c’est bien le titre de cet article : “Pourquoi un test ne peut-il pas être totalement objectif ?”. Car il n’est pas parfaitement objectif, non, mais on essaie, on essaie …
Par Yaka
Merci à Paqks, MrGame&Watch, EvathCebor et Lucrezia pour leurs remarques, et à Takezo Kensei pour une formule qu’il reconnaitra.




26 novembre 2008 à 23:21
Un grand bravo à cet article fabuleux, riche d’une vérité incontestable. Je ne peux qu’approuver ce qui se dit ici. J’ajouterais juste que c’est au joueur de se créer sa propre culture du jeu vidéo grâce à son feeling, chose inexplicable mais tellement naturelle et innée à l’homme.
PS : merci au clin d’oeil ;).
26 novembre 2008 à 23:25
Bravo Yaka pour cette analyse.
Il me semble pourtant que tous ceux qui exercent la fonction de testeur ne se posent pas la délicate question de l’objectivité avec autant d’acuité que tu le fais.
Certains ne cherchent qu’à imposer leur avis au plus grand nombre en profitant du pouvoir d’influence du media grâce auquel ils sévissent.
L’avis de ceux-là ne vaut pas mieux que celui de mon boucher et ne saurait être considéré avec plus de déférence.
26 novembre 2008 à 23:53
“Bien vu l’aveugle” comme on dit par chez nous!
J’ai toujours été intimement persuadé qu’aucun test n’est vraiment objectif.
A vrai dire, un “test” n’est qu’un avis personel, et donc, dénué de toute objectivité.
Je ne penses pas que l’objectivité existe.
Je penses que l’auto critique est vraie, mais l’objectivitée elle, est l’antithese de la subjectivitée, et donc l’absence totale d’avis personnel.
Afin d’etre totalement objectif, il faudrais donc etre denué de sens propre et etre la masse, chose totalement impossible, meme en etant le plus simple des moutons.
Car pour etre totalement objectif, il faudra attribuer Dix notres differentes a un jeu noté sur 10, et expliquer pourquoi, en narrant point par point, pourquoi il merite cette note…
…
Exercice laborieu vous en conviendrais.
En revanche, si il est avéré maintenant que les tests sont subjectifs, il faut quand meme integrer l’idée que la contestation est louable et meme saine!
C’est elle qui replace l’avis du testeur dans une position plus objective, puisque l’opinion de la masse est l’objectivitée et donc l’avis de tout le monde.
Finalement, l’avis objectif ultime, c’est l’avis des 7 milliards d’etres humains.
Et au final, a quoi sert un test?
On aurais tendance à penser: A rien.
Malgré tout, c’est une bonne idée pour aprendre certaines choses sur le jeu que l’on voulais savoir, ou pour avoir un opinion sur un truc qu’on avais pas.
Au final, c’est un bon moyen pour que celles et ceux qui n’ont aucun avis pour pouvoir se la peter en toute pleinitude, mais c’est aussi un bon moyen pour se renseigner sur certains details d’un jeu que l’on ne peut trouver nul part.
Mefiez vous quand meme des assertions placées dans les tests, c’est souvent la marques de testeurs n’ayant aucun professionalisme.
Sur ce, medames et medames, je vais prendre un exomille et me mutiller avent d’aller me coucher.
Bonjour.
*Retourne dans sa cellulle capitonnée*
27 novembre 2008 à 21:01
Hello ^^
- J’avance l’idée suivante, le test NE DOIT PAS être objectif. Ca n’est pas sa fonction, et c’est en ce sens que je ne te rejoins qu’à moitié. Quitte à rapprocher le jeu d’une œuvre d’art (parti pris risqué et très contestable faute d’un argumentaire solide), alors il convient de ne pas considérer le test comme une analyse, comme tu le fais à plusieurs reprises, mais plutôt comme une critique.
Et une critique est partiale par définition, elle n’exprime pas tant le décodage d’un contenu intrinsèque que l’expression d’un point de vue précis, d’un regard qui donne à l’œuvre son sens, un sens parmi d’autres. un tableau n’existe pas si personne ne le regarde, un jeu n’existe pas si personne n’y joue, et chaque testeur va y jouer d’une manière différente, en fonction entre autres de sa sensibilité d’une part, et de ses expériences vidéoludiques d’autre part. Ce qui me conduit au point suivant :
- D’autre part, IL NE FAUT PAS échapper aux influences extérieures. Aucune critique ne peut faire décemment l’économie d’une mise en contexte. L’histoire de l’art ne se résume pas à la somme des œuvres produites depuis les grottes de Lascaux, chaque courant se doit d’être abordé dans un contexte précis pour trouver un sens, discerner ce qui le précède et ce qui en découlera. Les jeux considérés sur le plan artistique me semblent devoir obéir aux mêmes règles : un jeu doit être critiqué en tenant compte des autres jeux ayant existé avant, des jeux lui étant contemporains, de la catégorie vidéoludique à laquelle il appartient, du studio qui l’a développé, de la plateforme sur laquelle il a été conçu, etc.…
- Le lecteur N’ATTEND PAS l’expression d’un point de vue objectif. L’appréciation qualitative est en sois subjective, seuls les faits, en théorie, sont objectifs quand ils définissent de manière exhaustive l’ensemble des aspects rationnels d’un objet, d’un lieu ou d’un évènement (Le postulat même dont part ton article, celui que le jeu vidéo est une forme d’art, exclu dès sa formulation la possibilité d’une quelconque objectivité en réalité). Aucun lecteur ne veut lire une description de jeu vidéo. Il y a le dos de la jaquette pour ça. Les lecteurs veulent lire une critique. (Imagine cinq minute la gueule d’un article sur une expo ou le critique se contenterait de décrire les pièces exposées
). A ma connaissance, le Journal Officiel est le seul représentant d’une vague forme d’objectivité sur l’ensemble de la presse à l’heure actuelle, et franchement, le Journal Officiel, c’est chiant.
http://www.journal-officiel.gouv.fr/ (pour ceux qui en douteraient)
27 novembre 2008 à 21:41
Jean-Ryu, note que je ne dis pas qu’un jeu doit être objectif, je parle seulement de la capacité de l’être ou non.
Pour le côté analyse ou critique, le troisième acte reprendra en partie ton premier point, bien vu.
Personnellement je pense qu’il faut tenter d’échapper aux influences extérieures, justement parce que chacun en a, mais chacun en a des différentes. Afin de s’éloigner le moins possible de tous les lecteurs, il me semble nécessaire d’essayer d’y échapper au maximum, d’essayer de trouver une sorte de “place centrale”. Essayer seulement donc, puisqu’on ne peut y arriver.
Quant au lecteur, je ne suis pas convaincu qu’il n’attende pas un test objectif. Je pense au contraire que dans la grande diversité des lecteurs, un certain nombre veut croire (à tort donc, selon mon article) à l’objectivité. D’où de nombreuses critiques régulières lorsqu’ils pensent que tel test ne fait pas comme il faut, n’est pas neutre, etc…
En tout cas, bon argumentaire, n’hésite pas à le développer en un article entier, ça ferait des heureux
27 novembre 2008 à 22:47
Amusant, j’avais évoqué le problème de l’objectivité en réaction à ton premier article je crois (preuve qu’ils sont bien faits puisque les lecteurs embrayent sur le suivant avant que tu ne le publies).
Au sujet du contexte, je pense que plutôt que s’en écarter, dans l’idéal, le test devrait en fait faire la somme des influences contextuelles. Elles sont indissociables de la critique dans la mesure ou elles définissent littéralement l’œuvre (dans sa dimension novatrice par exemple). Un jeu peut regorger de qualités mais s’avérer les avoir plagiée sur un titre plus ancien. Le cas échéant, la critique devra tenir compte de cette influence, et estimer de son bien fondé (repompage médiocre et éhonté ou référence apologique ?). Partir du principe, dans ce cas, que certains lecteurs n’auront pas le bagage culturel suffisant pour tenir compte de cette influence dans son test me semble un peu léger, c’est peut-être même prendre le risque de passer à côté d’une des fonctions de la critique : instruire.
Ou plus simplement, on peut aussi estimer qu’on ne considèrera pas un jeu de la même manière selon s’il a été réalisé en 1998 ou en 2008, selon s’il a été développé sur Wii ou sur 360, etc… Tous ces aspects sont à ranger aux nombres des éléments extérieurs, qui abordés ainsi cessent d’être perçus comme la marque d’un parasitage indésirable.
De manière générale, dans la presse, le véritable clivage n’oppose pas les rédacteurs prétendument objectifs aux critiques assumés, mais bien ceux qui partent du principe que le lecteur est stupide et les autres. A mon avis, il faut s’efforcer, même en vain, même à tort, d’envisager la rédaction d’un test comme étant destiné à un amateur averti tout en tachant d’aménager des clefs de compréhension accessibles aux curieux. (Plus facile à dire qu’à faire, on est d’accord…)
Sinon ouai, pourquoi pas, un de ces 4 tu crois que je pourrais lancer un sujet ?
Ya vraiment matière à faire couler de l’encre au sujet du jeu vidéo, c’est pas les idées qui manquent…
28 novembre 2008 à 13:00
“un de ces 4 tu crois que je pourrais lancer un sujet ?”
Si tu sais le développer comme tu expliques là tes arguments, clairement oui.
“puisque les lecteurs embrayent sur le suivant avant que tu ne le publies”
Tu ne crois pas si bien dire : plusieurs points de ton message sont abordés dans nos réflexions pour l’article III.
Je crois que nous n’avons pas une vision vraiment différente en fait. Personnellement je considère que les “influences contextuelles” doivent être le moins prises en compte possible dans l’étude du jeu, car ce que l’on doit analyser pour le joueur, c’est bien ce qu’il aura devant les yeux et entre les mains, et non pas les histoires de coucherie, plagiat ou autre. Quelque soit l’historique de ce jeu, le consommateur a besoin de savoir à quoi il jouera exactement. C’est ça le plus important. En revanche, et là je suis d’accord avec toi, parler également de ce contexte est un plus pour l’aspect critique du test. Mais celui-ci se divise donc en deux parties (qui peuvent être totalement mélangées, mais dont l’influence sur l’analyse doit être claire) : l’analyse à proprement parler (ce qu’est le jeu), qui pose déjà pas mal de questions dont on abordera une partie dans l’article III, et la critique, l’enrobage, tout ce qui rend un test complet, plus intéressant, moins “rapport d’expérience scientifique” et qui le situe dans le temps. Mais dans l’analyse (dans le sens étude de ce qui fait le jeu, remarques globales et notation), seule la première partie doit être prise en compte, à mon sens.
28 novembre 2008 à 21:50
Yaka, Jean-Ryu apporte un addenda tout à fait intéressant à ton article.
Vos 2 points de vue se valent et ont tous les 2 leurs partisans au sein de la presse vidéoludique.
Pour ma part, seul le test à tendance analytique présente pour moi un intérêt.
La critique, comme je le disais plus haut, pourvu qu’il soit muni d’une console, mon boucher peut aussi bien en rédiger une.
La critique n’est pas du journalisme, hors il me semble aujourd’hui que les rédacteurs des tests se targuent d’exercer le métier de journaliste, même en amateur.
Ce qui nous amène à nous poser une question essentielle qui concerne toutes les formes de l’art:
“Faut-il tenir compte de la critique?”
Quelle soit cinématographique, musicale ou relative à l’art pictural, j’avoue la mépriser cordialement tant je trouve l’exercice inutile et vide de sens.
Publier une critique c’est prendre un avis particulier et lui donner une exposition qui même si tel n’est pas le but, lui donneras bien plus de poids que mille autres qui seront peut-être mieux argumentés et plus pertinents.
C’est donc une des forme les plus pernicieuses de la dictature qu’exerce les médias sur l’opinion.
L’analyse au contraire a un but avant tout informatif, le rédacteur faisant l’effort de laisser son ego de côté pour livrer au lecteur ce qui doit être le reflet le plus fidèle possible de l’oeuvre (le jeu) en oubliant pas d’en souligner les aspects positifs aussi bien que les aspects négatifs.
Enfin, je serai moins catégorique que toi, Jean-Ryu.
Certains lecteurs s’attendent à lire une critique, un avis personnel de tel ou tel testeur dont ils savent qu’il a des goûts proches des leurs.
Dans ce cas, celà revient à prendre l’avis d’un pote.
Le lecteur se fiera alors d’avantage aux propos du testeur qu’à tout autre considération contextuelle.
29 novembre 2008 à 12:09
Oldkid, je crois qu’on commence à sérieusement empiéter sur l’acte III, yaka va nous maudire
Ceci dit, en deux mots, dans l’état actuel des choses le test n’est quasiment JAMAIS une critique et demeure pour l’instant une analyse qui a fonction de guide d’achat. J’ai partagé un temps ton point de vue, et sur beaucoup d’autres domaines que celui du jeu vidéo.
J’en suis revenu en réalisant qu’il est infiniment plus riche/instructif/intéressant/varié/profond d’aborder un sujet sous l’angle de la critique, en choisissant de superposer un regard précis à l’objet. Pour ne pas trop s’éloigner du jeu vidéo, je te conseille la lecture de cet article sur le totalitarisme dans Silent Hill 2, qui en plus d’être bien foutu et passionnant soulève d’intéressantes questions au sujet du jeu vidéo comme forme d’art, le fonctionnement de la peur, etc… http://www.planetjeux.net/index.php3?id=article&rub=read&article=142&page=1
Un point de vue « dictatorial » sur la presse, pour te citer, c’est précisément penser qu’il existe un seul bon avis, ou même simplement un avis meilleur qu’un autre. Le critique lui, se fout de savoir si son avis est le bon, il se soucie juste de savoir s’il est légitime, valide et s’il apporte quelque chose à la manière de considérer l’œuvre. Il ne prend personne en otage de ses opinions, ne revendique pas une vérité absolue ou « objective » (il sait que ça n’est ni possible, ni souhaitable), mais expose simplement l’expression d’un regard précis sur un sujet précis, et choisi généralement de l’aborder sous un angle précis (le totalitarisme dans Silent Hill 2, le procès du réel dans l’œuvre de Flaubert, mon œuf dans ta quatre fromages…)
Cela dit, considéré comme un guide d’achat, le test se doit d’être accessible avant d’être profond, informatif avant d’être critique. En ce sens il est plus à rapprocher de la chronique que de l’article à proprement parler. Ca n’exclu pas la possibilité d’une critique du jeu vidéo, mais pas sous la forme d’un test en effet, ce dernier ayant obligation de demeurer superficiel pour assurer ses fonctions de « guide du consommateur » plutôt que de constituer une réelle réflexion sur telle ou telle création.
Le critique n’est pas un charcutier, il lui arrive parfois de toucher une œuvre plus profondément que l’artiste lui-même.
En revanche un bon boucher est tout à fait capable de rédiger un test qualitatif sur la viande charolaise. Ca ne demande ni recherche, ni réflexion, ni implication. On peut choisir d’appeler ça du journalisme.
http://www.ciao.fr/Charal_Les_grands_crus_Le_Charolais__Avis_555230
(Un « test » assez représentatif, avec une note même ^^ )
2 décembre 2008 à 18:38
Toujours aussi intéressant
17 janvier 2009 à 15:39
Jean-Ryu, j’étais passé à côté de ta réponse. Merci pour l’article sur Silent Hill 2 qui donne furieusement envie d’y jouer même si ce n’est pas là son but premier.
Je ne dis pas que la critique n’est pas légitime, je dis juste qu’elle ne doit pas tromper le lecteur en se présentant comme un test.
Je reviens une fois de plus sur le cas Wii Music. 90% des “tests” publiés à propos de ce jeu sont des critiques, acerbes pour la plupart, où l’on apprend l’avis définitif du rédacteur sur le produit à la cinquième ligne grand maximum.
Le journalisme, si tant est que l’analyse vidéoludique s’y rattache, doit craindre comme la peste le témoignage. Un reportage n’est pas un témoignage. Le journaliste doit avoir la capacité d’apporter un éclairage global ou différent à ce qu’il a lui-même vu ou expérimenté.
C’est le non respect de cette exigence qui explique en grande partie la défaillance actuelle de la presse mondiale (audiovisuelle en particulier), préférant censurer les images les plus polémiques, incapable qu’elle est d’en délivrer une analyse claire.
Un test doit répondre aux mêmes exigences d’objectivité que n’importe quel autre article de presse et ne doit être ni un lynchage, ni un publi-reportage ou une pub déguisée.