- Par Yaka (merci à Okankuro, Paqks et Melkor) -
Cet article a été rédigé avant l’ouverture de LG Tribune. Par la suite, ce type de retour sur l’actualité suivra de plus près les évènements cités.
Il en va du journalisme comme de la météo : il y a toujours quelque chose qui ne va pas, et en certaines saisons, c’est pire. Le journalisme vidéoludique en cette fin d’année 2007 a ainsi connu un climat des plus détestables. Le 29 novembre, l’anticyclone “plein de bons jeux et plein de bons chiffres” fut balayé en quelques instants par la dépression “affaire Gamespot”. Les faits sont simples : pour rappel, des rumeurs (confirmées selon 1up par des sources internes) font état ce jour-là du licenciement de Jeff Gerstmann, auteur du test de Kane & Lynch : Dead Men version Xbox 360 et accessoirement rédacteur en chef dudit Gamespot. Malheureusement, il nous est impossible de connaître la raison de cette rupture de contrat de travail à l’initiative de l’employeur (sic), pour cause de “raison légale”. Tel la tenue correcte en discothèque, l’emploi du conditionnel est donc exigé. La raison de ce départ serait ainsi la dureté des propos émis par le testeur, principalement dans la vidéo accompagnant son test (retirée de Gamespot pour cause d’ordre technique selon le site, puis ressuscitée pour éviter le lynchage public). Mais plus que le simple désaccord de trop avec un rédacteur habitué aux extravagances rédactionnelles, la direction de CNet, maison-mère, aurait fait payer à Jeff Gerstmann l’annulation supposée d’un contrat publicitaire avec Eidos. Eidos qui, vous l’aurez compris, est l’éditeur de Kane & Lynch : Dead Men. Titre pour lequel une campagne de publicité était en place sur Gamespot, jusqu’à ce qu’elle en soit brusquement retirée au moment de l’affaire. Evidemment, rajoutez les “sans commentaire” de rigueur (un pour Eidos et un autre sans oser le dire par CNet) pour compléter ce joyeux tableau. Notons néanmoins un minimum d’efforts d’explications de la part de CNet une semaine après l’évènement, confirmant le licenciement, précisant que le retrait de la campagne de publicité était déjà normalement programmé, et rejetant évidemment en bloc toute rumeur concernant la supposée raison de ce clash, qui est lui bien réel. Restent malgré tout des doutes qui ne seront jamais levés, et surtout un licenciement brutal et non accepté par la rédaction, quelle qu’en soit la cause réelle.
Ce type de relation incestueuse supposée entre business et journalisme n’est évidemment pas nouveau (ni l’apanage du monde merveilleux du jeu vidéo, mais c’est une autre histoire). En levant les yeux, il est en effet bien difficile de ne voir que le bleu d’un ciel qui n’a pas encore été nettoyé des traînées de précédentes polémiques. Prenez par exemple la générosité exemplaire de Microsoft, qui sait donner aux testeurs potentiels d’Halo 3 les meilleurs outils de travail possibles. Quel esprit pervers irait croire que l’envoi de versions collectors et de produits dérivés à 800$ au total puisse ressembler à un quelconque pot-de-vin ? Qui pourrait également croire que le choix du titre de une “La Playstation 3 crée l’émeute”, clairement mensonger, serait le fruit d’une quelconque entente entre journalistes et publicitaires ? Attention, il y a un piège : il existe effectivement un énorme doute sur l’intégrité de certains intervenants dans l’un de ces deux exemples, mais l’autre ne pourrait en fait qu’être le fruit d’une incompétence notable. Comme quoi, on peut être trompé de tous les côtés. Oui, c’est réjouissant.
Après tous ces exemples, et le souvenir plus ou moins flou d’autres plus anciens (il me semble qu’Electronic Arts fait régulièrement parler de lui, avec un avant-goût quant à lui récent…), on pourrait facilement oublier que l’argent n’est pas directement le seul facteur. Le climat de doute peut également peser sur le journalisme amateur. Et afin de ne pas uniquement regarder la botte de paille dans l’oeil du voisin, arrachons la poutre de celui de Livegen. Amateur dans les faits, ce réseau n’a par conséquent pas les moyens de payer à ses rédacteurs consoles et jeux utiles pour leurs tests. Ceux-ci ne peuvent donc que se reposer sur la ludothèque de chacun, mais parfois également sur quelques généreux envois de la part de certains éditeurs. On est évidemment dans ce cas heureux de pouvoir remplir un peu ses colonnes. Mais à bien y réfléchir, dépendre des sociétés qui gagnent leur vie en vendant des logiciels que l’on note pour informer le consommateur, on a connu situation plus confortable. Dans les faits, aucun réel problème n’est posé, mais le fameux doute peut légitimement exister. Autre conséquence : de façon totalement involontaire mais tout autant logique, il y aura sur les sites du réseau un peu plus de tests de jeux distribués par les généreuses maisons que de titres provenant d’autres sociétés, en proportion tout du moins. C’est le revers de la médaille. Alors, bien évidemment, on ne peut que vous encourager à continuer à faire confiance à Livegen ainsi qu’aux autres sites du genre que vous fréquentez habituellement. Et on imagine d’ailleurs que vous le ferez pour la plupart sans la moindre hésitation. Pourquoi ne pas alors imaginer que des passionnés tels que ceux qui remplissent les sites amateurs ne puissent pas exister au sein des rédactions professionnelles et de leurs directions ? Pourquoi ne pas imaginer que leur volonté d’informer objectivement ne puisse pas suffire la plupart du temps à ignorer ou bloquer les véléhités de certains lobbyistes plus acharnés que d’autres ? Pourquoi ignorer l’existence d’autres hypothèses, quelques soient leur probabilités, pouvant expliquer le licenciement de Jeff Gerstmann ?
Rien n’est donc simple en ce bas-monde de tapoteurs de claviers. Plus que jamais, le sens critique du lecteur est nécessaire. Dans un sens, comme dans un autre…